<%@LANGUAGE="JAVASCRIPT" CODEPAGE="1252"%> Gilbert Mazliah, artiste, peintre, enseignant, Genève, Suisse
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Peintures
sur relief

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Le Renard
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Le Renard

Sur la trace perdue de la caverne constellée

Chaque matin, les Dogon de la falaise de Bandiagara viennent lire, sur les «tables de divination» du Renard, les nouvelles de la journée à venir : «Non! Guindo ne viendra pas aujourd'hui...» «Pour sa maladie, la soeur d'Apourali verra le vieux Membi, et tout ira bien...»«Les nouvelles de la prochaine saison des pluies ne sont pas meilleures aujourd'hui qu'hier ou demain». Paroles sèches du Maître du Désordre, le Yurugu, le Renard Pâle.


Je n'ai jamais vu ce petit Maître du Désordre nécessaire, fils incestueux de sa mère la Terre, frère incestueux de sa jumelle Yasigui à la poursuite de laquelle il court depuis le comencement du monde.


Gilbert Mazliah, lui, l'a vu, depuis plusieurs années dans ses «rêves divinatoires» renard doux, renard noir, renard blanc : VULPE PALIDO, petit Yurugu des terriers de Pierre.

Un jour Gilbert est venu ici, dans les hautes falaises et, entre Sauga, Ireli, Amani, il a appris que son rêve était le plus vrai des rêves du monde... Depuis, sans en rien savoir, il chevauche le Renard muet, dont les minuscules pattes à quatre doigts ont inventé la première écriture, la «géomancie», la première analyse combinatoire binaire : «1,2,2,...flip, flap, flip...», la structure de base de l'informatique d'aujourd'hui...

Cette écriture prophétique, Gilbert Mazliah ne sait pas la lire, mais il la connaît par coeur, sur la trace perdue de la caverne constellée, dont l'ouverture, là-haut à gauche, bée comme le trou que fit le Renard pour sortir de son placenta : lune timide qui ne nous a plus quitté...
Cavalier d'une apocalypse joyeuse, anonyme derrière son masque cerné de rouge, il sourit, confiant en sa monture à queue d'arc-en-ciel dont les yeux verts clignent devant la lumière éblouissante de la nuit...


Jean Rouch
Niamey (Niger), mai 1986